1er juillet 2001 : la Charte des malentendus !

Le 1er juillet 2001 dans les jardins de l’Hôtel Matignon, Lionel Jospin 1er Ministre, accompagné d’une vingtaine de membres de son gouvernement a signé avec les représentants des coordinations associatives une charte d’engagement réciproque.
Cette charte réaffirme un certain nombre de considérations générales n’engageant au bout du compte, à rien. Sinon pour les associations de renoncer à leur impertinence .
D’un côté, l’Etat écrit dans la Charte, vouloir favoriser l’engagement, développer le partenariat, favoriser une culture de l’évaluation plutôt que du contrôle, valoriser le fait associatif, défendre face à l’Europe le modèle français…
De l’autre, les associations disent vouloir davantage valoriser les adhérents, respecter le droit social, développer elles aussi, une culture de l’évaluation… Elles s’engagent enfin à une « participation constructive dans les instances de consultation ».

De bons mots pour pas grand-chose:

L’engagement de l’Etat est des plus limités. Au-delà du renforcement du fonds de développement de la vie associative, cette rencontre eut peu d’effets, notamment sur les territoires de proximité. Dans le cadre de la France décentralisée, des rencontres du même type auraient été organisées sinon par les Régions, au moins par les Préfets de Région afin de relayer l’engagement de l’Etat. Il n’en a rien été.
Par ailleurs, les collectivités territoriales, premières interlocuteurs publics des associations, n’ont pas été associées à l’élaboration de la Charte d’engagement .
On peut même voir dans cette Charte une forme de recul du fait associatif.  Les associations “non démocratiques” sont ignorées, tandis que les autres  s’engagent à être “constructives”. (sinon plus de partenariat?)

Une charte pleine d’arrière-pensées politiques. (cf.article du Monde de l’époque)

Le 1er juillet 2001, nous sommes à 10 mois de l’élection présidentielle de 2002 où s’affronteront Jacques Chirac, Président de la République, en exercice et Lionel Jospin son 1er Ministre.
La campagne électorale est déjà lancée, il faut rassembler son camp. Si dans le cadre de la Cohabitation, le Président de la République n’a pas vraiment la main sur le Gouvernement, il lui reste la parole. Jacques Chirac, le 30 juin devant le Conseil Constitutionnel, a défendu la liberté d’association.
En retour, le 1er juillet, le Chef du gouvernement s’adresse à des réseaux réputés être proches de la Gauche.

Une charte pleine de malentendus.

La démocratie: “les associations doivent veiller au respect du caractère démocratique de leur fonctionnement”. Pourquoi cela?   La loi de 1901 ne dit rien à propos du caractère démocratique ou non des associations ?
La Charte ignore les collectivités territoriales, premiers interlocuteurs publics des associations
Les signataires de la Charte sont restés coincés au 20 eme siècle et plus particulièrement dans les années 60 au temps de l’Etat fédérateur, au temps des fonctionnaires mis à disposition des associations, au temps des agréments ministériels… L’une des conséquences fut la réduction du champ associatif aux seules associations  agréées.

La charte témoigne tout à la fois:
  • D’une incapacité des responsables politiques nationaux à intégrer les évolutions des pratiques citoyennes, des modes de vie, des rapports aux territoires.
  • D’une forme de mépris de la part de l’Etat pour les associations qui ne seraient que des acteurs de seconde zone tout justes bon à relayer la puissance publique.

Les associations sont reléguées aux marges alors même qu’avec les entreprises et les collectivités publiques, elles constituent le troisième pilier du développement local, facteur de créativité, d’attractivité, de lien social.

La charte, une double faute politique que l’on paie encore aujourd’hui.
  • En ignorant ce rôle déterminant des associations, les pouvoirs publics et la Gauche plus particulièrement s’interdisent de porter loin un projet politique pour le 21 ème siècle.
  • En acceptant cette mascarade, les coordinations associatives se sont coupées de ces centaines de milliers d’associations locales non fédérées. Elles ont renoncé à jeter les bases d’une réelle organisation territoriale du monde associatif, s’interdisant par la-même, de devenir des interlocuteurs à part entière des Régions et des intercommunalités, ces collectivités en charge du développement local.
Au résultat, une double peine :
  • Lionel Jospin ne passa pas le 1er tour de l’élection présidentielle de 2002, cédant la place à Jean-Marie Lepen. La Gauche aujourd’hui encore, peine à se remettre de ses renoncements,
  • Sur les territoires, le mouvement associatif peine à s’organiser et à peser sur les politiques publiques.

Plus grave, ce double aveuglement a fortement contribué au délien social.
Les associations locales, affaiblies, isolées, sous qualifiées, mal financées… peinent à organiser le vivre ensemble. La qualité de vie en souffre, l’environnement social des entreprises s’est dégradé, les inégalités explosent, les citoyens ont tendance à sortir du jeu sociétal, à se réinventer sur les ronds-points ou ailleurs.

Quand réussirons-nous notre entrée dans le 21ème siècle ?

Pour en savoir plus: