Les associations, coincées dans l’ancien monde?

Depuis longtemps, nous attirons l’attention des pouvoirs publics et des entreprises sur la contribution des associations à l’économie de la Normandie. Depuis longtemps, nous avons le sentiment de prêcher dans le vide. Les premières mesures en faveur du déconfinement ne semblent pas changer la donne. Pourtant, en l’espace de quelques jours :

  • L’hebdomadaire ” Chronique de Normandie “ a ouvert ses colonnes à nos préoccupations,
  • L’Agence Normande d’attractivité témoignait de son intérêt pour nos réflexions.

Tout espoir ne serait pas perdu?

Les associations et la pandémie

65% des associations ont cessé toute activité. Si 60% conservent le contact avec les adhérents ou les bénévoles, 20% seulement organisent des activités de substitution.
Les associations, vecteurs de lien social : une majorité d’entre elles même sans activité restent cependant, en relation avec leurs adhérents. Une majorité d’en elles ont aussi relayé les messages des Pouvoirs publics en matière de sécurité.
Pour autant, les associations restent sur leur objet social. Seules les associations caritatives ou de solidarité se sont mobilisées pour accompagner leurs adhérents face à la crise.
Si une part significative des associations souhaite bénéficier d’un soutien financier ou logistique, elles sont peu nombreuses à le souhaiter en matière de gouvernance. Faut-il y voir un souci d’indépendance ?

Ces résultats publiés par Recherches et Solidarités, résultent d’une enquête conduite « au fil de l’eau », à laquelle les associations peuvent aujourd’hui encore répondre. R&S, actualise et consolide régulièrement les résultats.  Si les chiffres témoignent de la dynamique à l’œuvre parmi les associations, ils doivent cependant être manipulés avec précaution.
Les 16 000 réponses, ne peuvent être considérées comme un échantillon représentatif des associations. Celles qui ont cessé toute activité, celles qui sont en dehors des réseaux, celles qui sont en rupture numérique…, sont certainement sous-représentées. 16 000 c’est beaucoup, mais on reste loin des 1.2 million d’associations actives évoquées habituellement. (télécharger les résultats)

Le soutien aux associations

  • Les services de l’Etat:

Le secrétariat d’Etat à la Jeunesse s’est mobilisé. Plusieurs initiatives ont vu le jour : Une enquête sur la situation des associations, la publication de deux guides pour aider à vivre le confinement et à en préparer la sortie. Plusieurs mesures gouvernementales en faveur des entreprises ont été adaptées aux associations employeuses.
Un bémol cependant. Ces mesures ont du mal à atteindre les associations sur les territoires. Depuis les lois de décentralisation, les services déconcentrés de l’Etat n’ont plus la main sur la plupart des associations. Les grands réseaux associatifs partenaires traditionnels de l’Etat rencontrent aussi des difficultés. Un grand nombre d’associations aujourd’hui, évolue en dehors des réseaux structurés.

  • Les collectivités territoriales :

La pandémie une fois encore, a souligné les faiblesses des territoires à propos des associations. La plupart des collectivités ont été aux abonnés absents.
Les maisons des associations, les maisons de quartier, les structures porteuses ont fermé leurs portes du jour au lendemain, sans contact avec les associations qu’elles hébergent. Plusieurs témoignages nous sont revenus, d’associations n’ayant plus accès à leurs locaux, leur boite aux lettres, leurs documents de travail et ont donc été empêchées.
Cette situation perdure et risque de se prolonger jusqu’en septembre avec la trêve estivale qui arrive. Comment l’engagement bénévole résistera à cette pause de près de 5 mois?

Région et Intercommunalités sont les collectivités en charge du développement des territoires. Certes, les élus des intercommunalités dans l’attente du second tour des élections, sont pour la plupart en suspens, mais les services sont toujours là.
En cette période de crise, l’initiative devrait être la règle. Garder le contact avec les acteurs de territoires, les mobiliser, les inviter à anticiper, à se repenser, favoriser l’ouverture aux nouveaux projets, aux partenariats, diffuser des bonnes pratiques, mettre à disposition des applications…
Autant d’initiatives que nous serions en droit d’attendre de collectivités qui toutes, revendiquent leur capacité à l’innovation et mettent l’attractivité au cœur de leur projet.
Si de telles initiatives ont vu le jour en direction des entreprises, on reste sur notre fin à propos des associations. Région et intercommunalités sont restés silencieuses, tandis que les réseaux associatifs par leur silence, à la différence des chambres de commerce ou d’agriculture ont témoigné une fois encore de leur faiblesse.

Certes,

  • La métropole rouennaise mettra en avant son enquête sur le monde d’après. Mais elle ne s’adresse qu’aux citoyens.
  • La Région mettra en avant le dispositif “Impulsion relance Normandie”, ouvert aux associations. Mais ce n’est pas tant aux associations qu’il s’adresse qu’aux structures employeuses. Rien n’est proposé en direction des 85% d’associations sans salarié.

Et pourtant les 60 000 associations de Normandie pourraient être très précieuses pour accompagner la relance de l’économie, pour renforcer l’attractivité du territoire. Les associations proposent de nombreux services très utiles aux entreprises et à leurs salariés.

Elles aussi, doivent maintenant se réinventer.
Mais leur en donnerons-nous les moyens ?

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