Associations, le monde d’après tarde à venir

L’appel lancé par le Mouvement associatif témoigne des difficultés récurrentes qu’ont les coordinations associatives nationales à prendre la mesure des bouleversements à l’oeuvre dans le développement et l’animation des territoires. Bouleversements dont la pandémie sera sans doute un accélérateur. Télécharger l’article au format PDF

L’Appel : 

Le 10 juin, le Mouvement associatif (Coordination nationale des réseaux associatifs) lançait un “Appel pour un projet de société solidaire et résilient”. Et de retenir :
– La nécessité d’un “service public efficace et suffisamment doté”,
– La mobilisation des associations durant la pandémie,
– Les associations comme un bien commun,
Trois enseignements qui selon le Mouvement associatif, devraient être au cœur du projet de société à venir, un projet faisant la part belle à l’économie sociale.

Mais n’est pas De Gaulle qui veut :

L’appel du 18 juin 1940 s’inscrit dans un processus qui bouleversa le monde. Pour réussir, le Général De Gaulle dut accomplir un double mouvement sur le plan des valeurs et de la politique :

  • Homme d’ordre, Charles de Gaulle comprit très tôt la nécessité de s’ouvrir au mouvement que ce soit dans le domaine militaire ou politique; Il faut avoir un cap mais savoir  aussi s’adapter aux circonstances.
  • Issu de la droite chrétienne, il sut s’ouvrir et rallier différents courants de pensée allant de l’extrême droite aux communistes en passant par les chrétiens sociaux, les radicaux socialistes, les socialistes… C’est en dépassant les clivages d’avant-guerre que la France retrouva une stature internationale, que le Conseil National de la Résistance écrivit le programme “les jours heureux, que le gouvernement provisoire à Alger créa les “comités d’entreprise”, que les grands mouvements associatifs ont pu se développer avec le soutien de l’Etat, que le Ministre communiste Ambroise Croizat créa la sécurité sociale...

L’appel du Mouvement associatif, le compte n’y est pas :

Dynamique associative :

Il y a quelques semaines le Mouvement associatif en partenariat avec Recherches et Solidarité, pointait que plus de 60% des associations avaient cessé toute activité pendant le confinement. Comment peut-il aujourd’hui affirmer que ” des milliers d’associations et d’initiatives collectives ont vu le jour” ? Déni de réalité ou plus grave, restriction du périmètre associatif aux seuls secteurs de l’action sociale et de la solidarité qui effectivement ont souvent été à l’initiative… ?
Le risque est grand d’enfermer les associations dans le champ caritatif. Adieu l’éducation, le sport, la culture, l’environnement… Laissons cela au secteur marchan. Les néolibéraux n’en demandent pas tant.

Changement de paradigme:

Le Mouvement associatif appelle à changer de paradigme, mais pour autant, reste coincé dans les catégories du 20eme siècle.

  • L’économie sociale “vertueuse” versus l’économie néolibérale et le capitalisme d’Etat,
  • Le partenariat avec les pouvoirs publics, mais pas un mot en direction des entreprises,
  • Le fonctionnement par définition, démocratique des associations alors même que la loi 1901 ne dit rien à ce propos.

On croirait relire la “charte d’engagement” signée le 1er juillet 2001. Comme si aucun enseignement ne pouvait être tiré des 20 dernières années.
Le Mouvement associatif devrait relire le traité de l’Union européenne qui définit dans son article 3 l’Europe tout entière comme une économie sociale de marché. Il devrait regarder autour de nous pour découvrir qu’il existe des Pays à forte solidarité, démocratiques sans pour autant avoir besoin d’un Etat omnipotent…

Ce à quoi on aurait pu s’attendre :

Il est indispensable que la société tout entière, reconnaisse l’apport des associations au développement des territoires, mais au même titre que les autres acteurs collectifs que sont les collectivités et les entreprises et non pas à côté ou contre elles.
Et de ce point de vue, il y a beaucoup à proposer. Le Mouvement associatif devrait davantage prendre acte de la décentralisation. Aujourd’hui ce sont les régions et les intercommunalités qui ont en responsabilité le développement des territoires.
Dans notre région, la Normandie, le conseil régional a annoncé des mesures fortes en direction des territoires et des entreprises. Si certaines de ces mesures sont accessibles aux associations, la spécificité associative est pour autant, ignorée.

A la région, le Mouvement associatif pourrait proposer de :

  • Développer des projets de recherche et développement sur la gouvernance numérique des associations, sur le management des bénévoles, …
  • Renforcer la formation professionnelle,
  • Introduire le fait associatif dans les programmes universitaires : droit, aménagement du territoire, développement, environnement, politique de la ville…
  • Créer une agence  de développement du même type que l’agence de développement économique réservée aux entreprises,
  • Intégrer les associations dans les projets 4.0, créer les clusters de développement aux associations,

Autant de projets que nous pourrions prolonger à l’échelle des territoires de développement que sont les intercommunalités

A la manière de La CCI de Normandie le Mouvement associatif pourrait également formuler des propositions nouvelles pour élaborer le monde d’après, un monde où les associations joueraient leur rôle à plein dans l’ouverture aux enjeux écologiques et civilisationnels.

Rien de tout cela. Seulement un “Appel “pour réclamer une reconnaissance
de ce que  nous sommes ou plutôt de ce que nous étions.

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Philippe Thillay
Asso-et-Territoires
Auditeur de l’IHEDATE