Associations : les déclarations, les signatures ne suffisent plus.

Le 20 octobre dernier, Le ministre de l’Éducation nationale et une vingtaine de dirigeants de mouvements et associations de jeunesse et d’éducation populaire ont signé une déclaration commune soulignant l’engagement sans faille de l’éducation populaire dans la lutte contre les ennemis de la République et ses valeurs fondamentales.
Il faut peut-être remonter au 1er juillet 2001 et le centenaire de la loi 1901 pour retrouver ces mêmes signatures au bas d’un même texte. On ne peut que se réjouir de cette déclaration.

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4500 heures d’éducation chaque année :

L’éducation ne s’arrête pas aux portes de l’école, on ne le répètera jamais assez. Si l’école fonctionne 1000 heures environ par an, si les enfants dorment 3 000 heures, une année dure 8500 heures. 8500 – 1000 – 3000 = 4500 heures.
4500 heures pour la famille, les transports, les soins, le sport, la culture, les loisirs. 4500 heures où se développent les inégalités entre ceux qui ont les moyens de s’approprier le temps non scolaire, ceux qui bénéficient d’un environnement familial favorable, des espaces ressources adaptés, des accompagnateurs qui chemineront avec eux… et les autres.
Les enfants des familles monoparentales et les horaires “atypiques” du parent unique, les enfants des territoires isolés où la mobilité est impossible, les enfants des familles pauvres qui ne peuvent accéder aux outils culturels…  Tous ces enfants dont le mode de garde, il n’y a pas si longtemps, s’appelait,télévision et a nom aujourd’hui de plus en plus souvent Internet et réseaux sociaux.
Mode de garde très efficace et à première vue peu cher. Mais mode de garde à double face. Il décuple les potentialités du temps non scolaire, mais aussi ses effets pervers…

Éducation, l’affaire de tous :

Alors oui, il faut se féliciter de cette déclaration commune. Comme au soir du débat du second tour de l’élection présidentielle, on s’était félicité de l’engagement d’Emmanuel Macron aux côtés des associations ; comme nous l’avions fait quelques semaines plus tard, lorsque Edouard Philippe nous annonçait pour le printemps 2018 un grand plan pour la vie associative.

Mais déclarer, signer ne suffit plus…

Depuis plus de 30 ans maintenant les pouvoirs publics, toute tendance politique confondue, se désengagent de l’éducation non scolaire. Cela a commencé avec la décentralisation quand l‘État s’est recentré sur son cœur de métier : l’école, invitant les organisations de jeunesse à se tourner vers les territoires. Territoires qui, réfugiés derrière leurs compétences nouvelles ont, pour la plupart, déclaré eux aussi leur incompétence en matière de temps libre et de vie associative…

Trente ans au cours desquels les moyens alloués aux associations se sont réduits inexorablement. Trente ans que, pour contrebalancer ce désengagement, les responsables politiques ont invité les associations à recruter des stagiaires, des apprentis puis des services civiques. Mais comment proposer un encadrement de qualité quand la structure d’accueil s’appauvrit, peine à exister ?
En 2012, François Hollande a suscité une lueur d’espoir. Son gouvernement, au grand dam de nombreuses collectivités, a développé le projet éducatif de territoire. Mais l’intendance n’a pas suivi, les lobbies se sont mobilisés et dès 2017, le nouveau gouvernement remisa le projet dans les placards.

Alors oui, félicitons-nous de cette déclaration commune ! Mais regrettons que les organisations de jeunesse et d’éducation populaire n’aient pas rappelé dans le même temps au Gouvernement, les engagements non tenus. Regrettons que cette déclaration n’ait pas été accompagnée d’un plan de développement appelant tous les acteurs des territoires: les régions et les intercommunalités compétentes en matière de développement et de recherche, les entreprises dont le temps des salariés est fortement impacté par le temps des enfants, la diversité des associations locales, mais aussi tous les citoyens jeunes et moins jeunes qui ont tant de choses à partager avec les enfants.

Construire un nouveau projet éducatif !

L’éducation est de tous les instants, en tout lieu. Elle nécessite un projet éducatif qui soit à la hauteur. Nous avons les outils, les compétences, mais il faut aussi avoir la volonté de sortir des sentiers battus, de trouver des chemins de traverse, de penser la complexité, de rassembler l’ensemble des acteurs de l’éducation et de mettre à leur disposition les outils de recherche, de développement et d’innovation.
De nouvelles échéances électorales approchent, régionales et départementales, puis nationales. C’est le moment pour relancer le Pacte Républicain, de donner corps à un grand projet éducatif à la hauteur du combat pour sauver la planète.

Faute de cela, la déclaration commune signée ne sera qu’un vœu pieux face au développement des inégalités et à la désintégration de la communauté nationale.